La quête de Loupiotte (Un conte pour Eve)

 

Il était une fois, sur une drôle de planète située tout au bout de la Voie lactée, une petite fée nommée Loupiotte. C’était une drôle de planète car on y trouvait toute une flopée d’êtres étranges et fantastiques. Il y avait là des trolls, des loups garous, des magiciens, des licornes, des phénix, des centaures, des nains, des elfes, des sirènes, des sorcières, des lutins, des manticores, et d’autres encore. Et, tout au fond de la plus profonde des forêts, celle qu’on appelait la Forêt des Confins, vivait un petit groupe de fées. Il faut dire qu’au fil du temps la drôle de planète s’était trouvée tellement peuplée qu’on finissait par se marcher dessus, et les fées, qui sont des êtres timides et plutôt secrets, avaient décidé de se retirer dans cette contrée reculée. Elles en appréciaient la quiétude et la tranquillité, et se suffisaient de leur propre compagnie.


Mais la fée Loupiotte était triste. Ses sœurs jouaient, butinaient, dansaient, virevoltaient de fleur en fleur, de brin d’herbe en corolle, légères et aériennes. Or Loupiotte n’avait pas d’ailes. Elle ne pouvait pas voler, et cela la rendait très malheureuse.


Loupiotte vivait au ras des pâquerettes et elle rêvait de soleil, de nuages, de loopings. Elle voulait explorer la cime des arbres, danser avec les papillons, faire la course avec les abeilles. Elle passait ses journées à l’ombre des fougères, et elle se sentait très seule. Une fée sans ailes n’est pas une fée... elle se sentait différente.


Un jour elle fut si triste, si seule et si désespérée qu’elle décida de s’en aller. Elle se disait qu’elle rencontrerait peut-être une famille d’escargots ou de vers de terre qui serait d’accord de l’adopter, et elle se sentirait enfin à sa place. Ainsi, un matin avant l’aube, elle quitta la Clairière aux Fées et s’enfonça dans la Forêt des Confins. Elle marcha toute la journée sans savoir la direction qu’elle suivait, et sans rencontrer âme qui vive. Le soir elle se fit un petit nid sous une racine et, épuisée, s’endormit en trois coups de cuillère à pot. Au matin elle reprit sa marche, s’enfonçant toujours plus profondément dans l’épaisse forêt. Elle rencontra bien sur sa route un groupe de termites, une famille de limaces et une colonie de pucerons, mais à chaque fois qu’elle s’approchait et tentait de lier connaissance, les animaux lui tournaient le dos sans lui porter la moindre attention. Au troisième jour de marche, la forêt s’était faite si dense et profonde que la lumière du soleil ne parvenait plus jusqu’à elle. Tout était sombre, il faisait nuit en plein jour, et Loupiotte se sentait plus seule et abandonnée que jamais. Elle décida alors de faire demi-tour et de retrouver la Clairière aux Fées, et ses soeurs qui lui manquaient. Mais la forêt était devenue hostile et elle ne parvint pas à retrouver son chemin. Elle tournait en rond dans la pénombre et elle avait très peur, entourée de bruits étranges et cernée d’ombres mouvantes. Le septième jour elle alla se terrer dans l’interstice d’une vieille souche et décida de se laisser mourir. Elle se mit à pleurer et, lorsque toutes les larmes eurent quitté son petit corps de fée, elle s’endormit.


«Cooooooooaaaaaaaaaaaaa»... Loupiotte se réveilla en sursaut et tremblante de frayeur. Quel était donc ce bruit étrange? Avait-elle rêvé? «Cooooooooooooaaaaaaaaaa»... Elle se sentit tout à coup drôlement à l’étroit dans sa cachette et, tiraillée entre la peur et la légendaire curiosité des fées, elle décida de sortir de son trou et d’aller voir de quoi il retournait. «Coooooooooaaaaaaaaaa», elle s’avança prudemment en direction du bruit, et crut apercevoir une lueur dans la pénombre de la forêt, là-bas, juste derrière le tronc d’un arbre énorme. Elle s’aplatit contre le vieux chêne et, penchant la tête sur le côté, elle aperçut une petite mare éclairée par un unique rayon de soleil, un rayon fragile qui s’était frayé un chemin à travers les épaisses frondaisons pour éclabousser de sa lumière la grenouille la plus laide et la plus vieille que Loupiotte avait jamais vue. En tendant le cou pour mieux voir l’horrible bestiole, la petite fée glissa et dut se rattraper au vieux tronc pour ne pas tomber. La grenouille tourna prestement la tête de son côté et Loupiotte put voir deux grands yeux laiteux et inanimés émerger d’un tas de plis visqueux et gluants. La bête était aveugle. «Embrasse-moooooooaaaaaaaa!»


Loupiotte était terrorisée, mais cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas rencontré un être qui lui adressât la parole qu’elle s’éloigna du vieux chêne et s’avança prudemment en direction de la vieille grenouille. «Embrasse-moooooooaaaaaaaa!» La petite fée s’approcha sur la pointe des pieds et, bien trop timide pour ne pas se plier à l’impérieuse injonction, elle retint son dégoût et, très vite, planta un petit bisou sur le museau visqueux. Quelques secondes s’écoulèrent, puis:

  • Zut, raté! Tu n’es donc pas un prince. Qui es-tu?
  • Je m’appelle Loupiotte, je suis une fée égarée.
  • En effet, tu m’as l’air bien loin des tiens. Que fais-tu donc dans cette partie de la forêt où jamais personne ne s’aventure?
  • J’ai décidé de quitter ma famille, car j’étais trop différente d’eux. Toutes mes soeurs volent, mais moi je suis née sans ailes. Je suis partie en espérant rencontrer des êtres qui me comprendraient et m’accepteraient parmi eux. Mais personne ne s’est intéressé à moi, je me suis perdue, et je suis bien plus triste et solitaire maintenant.
  • Ecoute Loupiotte, je vais te raconter une histoire. Il y a de cela fort longtemps, j’ai moi aussi quitté les miens. Chez les grenouilles, une vieille légende raconte que si on reçoit le baiser d’un prince, on se transforme en belle princesse. Ma vie de grenouille me semblait bien fade, alors j’ai décidé de partir à la recherche de ce fameux prince. J’ai sautillé longtemps dans la sombre forêt, jusqu’au jour où je suis tombée sur ce petit étang, éclairé d’un magnifique rayon de soleil. Je me suis dit «Voilà le signe que j’attendais, là est ma place, et ici mon prince viendra me trouver». Le temps a passé. Je suis devenue vieille, grosse, laide et bien plus visqueuse que je ne l’étais dans ma jeunesse. Mes yeux se sont éteints à force d’être éblouis par le reflet du soleil sur cette stupide flaque d’eau. Et comme tu t’en doutes, aucun prince n’est jamais venu m’embrasser. Personne ne s’aventure par ici, à part quelques familles d’escargots ou de cancrelats. Je sais que je mourrai ici, sans avoir jamais réalisé mon rêve. Ecoute donc mon conseil: va chercher tes ailes et retourne parmi les tiens, sinon tu finiras ta vie toute seule, perdue au milieu de l’obscurité. Il y a un tas d’êtres fantastiques dans ce monde, mais le plus mystérieux d’entre eux saura t’aider. C’est le sphinx. Il connaît tout sur tout, c’est un prophète. Mais attention, tu n’as droit qu’à une seule question! Tu le trouveras près de l’océan. Va petite Loupiotte!

La petite fée était toute tourneboulée par l’histoire qu’elle venait d’entendre, elle aurait voulu lui tenir compagnie quelque temps encore, mais la grenouille lui intima de ne pas s’appesantir sur son sort. Elle lui indiqua le chemin à suivre pour quitter la forêt et ferma les paupières sur ses yeux morts.


Loupiotte n’avait jamais pensé à cela: trouver des ailes! Si le conseil de la grenouille lui avait paru bien saugrenu sur le moment, c’est surtout parce qu’elle n’avait jamais osé imaginer que cela puisse être possible. Mais voilà, elle prit sa décision: elle irait trouver le sphinx, il lui expliquerait comment faire et, munie de sa nouvelle paire d’ailes, elle irait retrouver sa famille et se sentirait enfin à sa place parmi eux.


Toute ragaillardie, elle suivit les indications de la grenouille. Plus elle s’éloignait des profondeurs du bois, plus elle se rendait compte à quel point la forêt était peuplée. Elle traversa un village d’elfes, qui vivaient dans de fragiles cabanes au sommet des arbres, elle croisa une colonie de nains qui chantaient à tue-tête, elle entendit parfois, derrière les larges troncs, le bruit des sabots des centaures. Elle aperçut même, dans une clairière, un géant qui ronflait, mais elle n’osa pas s’approcher, de crainte que ce ne soit un ogre endormi. Sa petite planète était décidément bien peuplée!


Epuisée par sa longue marche à travers les bois, Loupiotte décida de prendre quelque repos et s’installa au pied d’un arbre touffu. Le soleil n’était pas encore levé, et elle s’endormit aussitôt. Lorsqu’elle ouvrit les yeux, elle se retrouva nez à nez avec un serpent multicolore qui la fixait d’un drôle d’air. D’une voix douce et enjôleuse, il lui parla en ces termes:

  • Tu parles en dormant petite fée. Ton histoire m’a fait de la peine, et je voudrais soulager ta détresse. Je suis celui que tu cherches, l’ami qui restera toujours à tes côtés. Comme tu peux le voir moi non plus je ne vole pas. Je vis au ras des pâquerettes depuis si longtemps, je me sens perdu parmi ces créatures qui ne me comprennent pas... Viens avec moi! A nous deux nous serons plus forts, et surtout nous ne serons plus jamais seuls!

Loupiotte était subjuguée par les paroles du serpent. Elle attendait cela depuis si longtemps, être comprise, acceptée, accueillie... et puis comme il était beau! Ses couleurs chatoyaient et dansaient sur sa peau lisse, et ce regard... quelle chaleur! La petite fée en était tout étourdie. Elle était prête à passer le reste de sa vie dans ce regard. Soudain sa respiration se fit plus courte - était-ce l’émotion? Puis l’image de la grenouille traversa son esprit, les yeux aveugles de la bête vinrent se superposer un instant à ceux, pénétrants, du serpent. Elle cligna alors des paupières, secoua la tête et s’aperçut que le corps du serpent s’était enroulé autour de ses jambes et de sa poitrine. Encore un peu et il allait l’étouffer! Reprenant complètement ses esprits, elle se souvint de sa quête et du chemin qui lui restait à parcourir. Fâchée de s’être laissée charmer par le sournois animal, Loupiotte serra fort ses petits poings et lui donna un bon coup sur le museau. Le serpent grimaça et se ratatina, ses belles couleurs disparurent, ses yeux reprirent leur éclat moqueur, il se tassa sur le sol et s’éloigna en sifflant. Fière et légère, la petite fée reprit son chemin.


Après encore une longue journée de marche, Loupiotte dépassa les derniers arbres de la forêt et déboucha sur une lande qui verdoyait jusqu’à l’à-pic d’une haute falaise. Au-delà, l’océan. Loupiotte était émerveillée de découvrir ces paysages qu’elle ne connaissait qu’à travers les histoires des fées les plus âgées, et l’étendue infinie de l’océan la fascinait. Mais elle ne voulait pas se détourner de son but et elle chercha dans les rochers le petit escalier que lui avait décrit la vieille grenouille. Elle ne tarda pas à trouver les marches en colimaçon qui avaient été creusées dans la roche et s’y engagea sans hésitation. La descente lui prit un certain temps - Loupiotte avait de très petites jambes - et lorsqu’elle posa le pied sur la plage en contrebas, le soleil plongeait dans un océan d’or et les falaises s’étaient teintées de rose et d’ambre. C’est dans ce chatoiement presque surnaturel de couleurs pour elles inédites qu’elle trouva l’entrée de la grotte qui abritait le sphinx.


Un peu impressionnée par les dimensions de la caverne, Loupiotte en franchit l’entrée timidement, à la fois curieuse et inquiète de ce qu’elle allait y trouver. En effet, les instructions de la grenouille, bien qu’extrêmement détaillées et précises, n’allaient pas plus loin que ce point. Après quelques pas dans la pénombre elle pénétra dans une salle gigantesque qui recueillait les derniers rayons du soleil couchant par des fissures loin au-dessus de sa tête. Cette lumière mordorée et scintillante baignait le haut du corps du sphinx, sa tête et son torse humains comme taillés dans la roche même de la grotte. L’arrière de son corps s’enfonçait dans l’ombre si bien qu’il était impossible d’en mesurer la taille. Loupiotte se tenait devant les énormes pattes de lion qui émergeaient du sol rocailleux, elle se racla la gorge, et dit: «Sphinx, je suis venue te demander de l’aide.» Elle fut étonnée par la force de son timbre, qui semblait amplifié par les parois de la grotte. Sans ça, son petit filet de voix timide n’aurait probablement pas dépassé le nombril du monstre. Mais rien ne se passa, et l’être de roche, mi-bête mi-homme, resta de marbre. Loupiotte se souvint alors que le sphinx répondait aux questions, et qu’elle ne pourrait en poser qu’une.

  • Sphinx, comment puis-je faire pour trouver des ailes?

Le sphinx commença par rester silencieux un long moment, puis, sans que rien ne trahisse son immobilité, une voix sourde et grave emplit la grotte tout entière. Loupiotte avait l’impression qu’elle résonnait à l’intérieur de sa tête.

  • Sur la lumière tu voleras, et ton destin s’accomplira.

Et ce fut tout. Loupiotte n’y comprenait rien, elle voulait en savoir davantage: «Comment ça voler? Puisque je te dis que c’est mes ailes que je cherche justement! Quelle lumière? C’est quoi ce destin que je suis censée accomplir?». Mais le sphinx ne répondait qu’à une seule question, et ce n’est pas la petite fée Loupiotte qui parviendrait à l’arracher à son mutisme. Elle fit donc demi-tour et sortit de la grotte. A l’extérieur, la nuit était presque tombée. Elle longea la plage puis, avisant une grotte peu profonde creusée dans la falaise qui lui assurerait un peu de sécurité pour la nuit, elle décida de s’y installer afin de se reposer et surtout de réfléchir aux paroles qu’elle venait d’entendre. Elle s’assit donc sur le bord de la grotte et regarda une lune énorme surgir tout près de l’endroit où le soleil s’était noyé. Mais tout à ses pensées, elle n’admirait rien du spectacle. Elle était désemparée. La grenouille lui avait donné un espoir auquel elle n’aurait jamais imaginé prétendre, mais cet espoir était maintenant réduit à néant. Elle n’avait pas reçu la réponse qu’elle attendait, le mode d’emploi ou la marche à suivre qui lui permettrait de trouver des ailes. Elle n’était finalement pas plus avancée que lorsqu’elle s’était perdue dans la forêt. Elle était aussi seule, mais presque plus triste encore de s’être laissée aller à croire en quelque chose qui, elle le savait bien pourtant, n’était pas possible.


Soudain, une ombre majestueuse voila la clarté lunaire et, quelques instants plus tard, dans un souffle d’ailes, une chouette blanche vint se poser à son côté, à l’entrée de la grotte.

  • Voilà une petite fée bien triste... Ecoute-moi donc. Sais-tu pourquoi notre planète est peuplée d’êtres fantastiques et merveilleux? C’est parce que nous sommes les personnages des contes, histoires et légendes qui se lisent et se racontent sur la Terre, parmi les humains, depuis la nuit des temps. Autrefois nous étions bien peu par ici, et nous ne restions jamais très longtemps. Nous avions chacun notre place dans l’imaginaire d’un Auteur, d’un Conteur ou d’un Enfant... Mais les choses ont bien changé sur la Terre, et les histoires et les rêves n’y ont plus beaucoup d’importance. Cependant nous avons été créés, et comme tout ce qui a été créé, nous ne pouvons pas disparaître. C’est pourquoi nous vivons désormais ici, sur cette petite planète où la place commence à manquer. Je sais que tu voudrais avoir des ailes. Mais seul celui qui t’a créée pourrait y changer quelque chose. Or les humains nous ont oubliés, tu n’as rien à espérer. Bon, je dois partir en chasse. Regarde la nuit, comme elle est belle.

Lorsque Loupiotte ouvrit les yeux, la lune s’était bien élevée au-dessus de l’océan, la surface de l’eau scintillait et des milliers d’étoiles filantes traversaient le ciel. C’est vrai que cette nuit est magnifique, se dit-elle. Subitement elle se souvint de la chouette et de son discours, et elle se demanda si tout cela était réel, ou si elle avait rêvé. En tout cas son moral était bien meilleur qu’après sa rencontre avec le sphinx. Les mots de la chouette, contre toute attente, lui avaient redonné espoir.


La petite fée s’était relevée, bien décidée à reprendre sa quête, lorsqu’un étoile filante passa si près de sa grotte que les parois se mirent à trembler. Sans réfléchir une seule seconde, sans même savoir ce qu’elle était en train de faire, Loupiotte s’accrocha à la queue de l’étoile et s’envola à la vitesse de la lumière. Ainsi s’accomplit la première partie de la prophétie du sphinx.


Sans même avoir eu le temps de dire ouf, Loupiotte se retrouva catapultée au milieu d’un champs, en pleine nuit, sa monture s’étant désagrégée à son arrivée dans l’atmosphère terrestre. La Terre! Apercevant une fenêtre illuminée dans une maison toute proche, elle décida de s’approcher prudemment.


Tic tic tic... De petits coups frappés à la vitre m’arrachèrent à la contemplation de mon écran. Mais! La petite fée Loupiotte était là, sur le rebord de ma fenêtre! Elle avait accompli l’exploit incroyable de sortir de mon histoire pour atterrir dans ma réalité. Je me dépêchai d’aller lui ouvrir. Elle était plus petite que je ne l’avais imaginée, à peine la hauteur d’un pouce. Ses premiers mots furent «Donne-moi des ailes», après quoi elle s’effondra d’épuisement dans le creux de ma main. 


Un peu plus tard, lorsqu’elle s’éveilla dans le petit nid que je lui avais préparé avec quelques boulettes de coton au fond d’un bol, nous eûmes une longue discussion, que je conclus de cette manière:

  • Loupiotte, c’est vrai que je pourrais trouver le moyen de te fabriquer une paire d’ailes. Mais sache que je ne suis pas pour grand-chose dans tout ce qui t’est arrivé jusqu’ici. Je n’ai été que l’instrument de quelque chose de plus grand que moi: l’Inspiration. Et cette inspiration qui m’habite, c’est toi qui l’as créée! C’est toi qui as décidé de quitter les fées, toi qui as rencontré la grenouille et eu le courage de l’embrasser, toi qui t’es débarrassée du serpent, toi qui as posé la question au sphinx, et c’est encore toi qui as suivi l’intuition qui t’as amenée jusqu’ici. Je n’ai fait que raconter tes aventures, tu as toujours été maître de tes actes et de ton destin!

Loupiotte fronçait ses petits sourcils, je voyais bien qu’elle avait du mal à me croire. C’est alors que, dans la chambre voisine dont la porte était entrouverte, ma fille se mit à pleurer. Je me levai pour aller la consoler, mais la petite fée me prit de vitesse et se faufila dans l’entrebâillement de la porte. Elle s’accrocha au voile du baldaquin, se glissa sans difficulté entre les barreaux du berceau, s’approcha du visage de mon bébé et se mit à entonner, d’une voix douce et mélodieuse: «Petite Eve, au pays des rêves, s’envole doucement...». Depuis ce jour, la petite fée Loupiotte veille sur le sommeil de ma fille. Elle a trouvé sa place de fée dans un foyer qui n’a pas renoncé aux merveilles du monde. Et ainsi se trouva réalisée la prophétie du sphinx.

 

Sottens, le 15 août 2011